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`Mise au point de la question de la chefferie du Canton de Naréna' du 23 décembre 1943, par l'inspecteur des Affaires Administratives
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SOUDAN FRANCAIS

Inspection des Affaires Administratives

Rapport 80.AA du 23 Décembre 1943

Chefferie de Naréna.
Subdivision de Kourémalé - Cercle de Bamako

[fin page - Jansen]

SOUDAN FRANCAIS

Inspection des Affaires Administratives

Koulouba, 23 Décembre 1943,
No 80/AA

RAPPORT AU GOUVERNEUR

Objet: Mise au point de la question de la chefferie du Canton de Naréna - Subdivision de Kourémalé - Cercle de Bamako -

Référence: Ordre de Service 414/APA du 4 Décembre 1943.

Le territoire, Le fait

Le canton de Naréna dépend de la Subdivision de Kourémalé - Cercle de Bamako.

Déplier le croquis in fine

Il compte 5.300 habitants sur un territoire d'environ 1.400 km2, soit 5 habitants au kilomètre carré.

Les indigènes sont malinkés. Les Kéita forment l'aristocratie. Dans le Canton ils se divisent en trois groupes:

Sur le croquis contour: ...

Groupe de Naréna comprenant les villages: Naréna, Samalofira, Kiniéma, Socourani 1.936 habitants.

Sur le croquis contour: ...

Groupe dit de Nougani comprenant les villages: Balancoumana, Toumondo, Balamansaya, Djélibani 1.218 habitants.

Sur le croquis contour: ...

Groupe dit de Kiniéba comprenant les villages: Kiniéba, Caran 1.944 habitants.

On remarque que du point de vue démographique les trois groupes ont sensiblement la même importance.

Depuis plus de vingt ans la dévolution de la chefferie du canton donne lieu à contestations et provoque des incidents.

Tel est le fait.

Il convient d'abord de le situer dans son milieu et de le considérer dans ses justes mesures.

Dans son cadre: - Déplier la carte in fine - Zone limitrophe Soudan-Guinée, traversée par la route très passante Bamako-Sassandra par Siguiri, terrain de gisements d'or, contrée de ressources vivrières pour Bamako, pays parcouru par de nombreux voyageurs de religion ou de commerce: marabouts en quêtes, dioula en campagne, Syriens en tournées.

D'où naturellement: instabilité, intrigues, esprit d'exploitation, coteries, information riche et contradictoire. En somme beaucoup de bruit, mais pas pour rien. Centre d'observation intéressant pour l'autorité de commandement.

Dans ses justes mesures: L'affaire en soi n'est pas importante: il s'agit d'un canton d'environ 5.300 habitants. Elle ne vaudrait même pas la peine de s'y arrêter si par sa persistance et sa complexité elle n'était de nature à provoquer périodiquement des troubles facilement exploitables contre notre autorité.

Elle exige donc, à ce titre, un examen minitieux et total.

Rappel de quelques principes généraux

Avant d'entrer dans le sujet, il n'est peut-être pas inutile de rappeler quelques principes généraux en la matière.

D'une manière générale on sera toujours bien informé de respecter le privilège des familles spécialement désignées au Commandement par la Tradition. (Cir. Gén. 27 Septembre 1932)

Si les Chefs doivent avoir la confiance de leurs administrés, il est également nécessaire qu'ils méritent la nôtre. (Circ. Gén. 27 Septembre 1932)

A dire vrai le village reste la cellule sociale indigène par excellence. Seule cette collectivité a une âme, une mentalité propre, un particularisme marqué. (Circ. Gén. 28 Septembre 1932)

Les chefs de canton sont assistés d'une commission cantonale. Cette commission, dans tous les cas, est purement con- sultative. (Ar. Loc. du 30 Mars 1935)

Les chefs de canton sont, après consultation de la com- misson cantonale, nommés par le Gouverneur sur proposition motivée du Commandant du cercle et appuyée d'un procès-verbal attestant que les formes coutumières ont été respectées. (Ar. loc. du 11 Septembre 1940)

Il convient que les procès verbaux de consultation soient toujours sérieusement motivés et donnent toutes précisions utiles permettant à l'autorité supérieure de se faire une opinion sur l'influence des candidats en présence: cela prendra peut-être un peu plus de temps, mais évitera ensuite beaucoup de difficultés une fois le chef nommé. (Circ. loc. du 28 Février 1939)

Il est toujours possible en gagnant la confiance des notables, en provoquant au besoin leurs observations en leur posant des questions précises de recueillir souvent des avis éclairés, de connaître les aspirations et les desiderata des collectivités qu'ils représentent. (Circ. loc. du 3 Septembre 1938)

... Loin de trouver dans la collaboration la confiance de l'élite ainsi peu à peu formée une diminution de leur autorité, nos Administrateurs ne sauraient manquer d'en tirer une augmentation de pouvoir d'autant plus sensible au regard de la masse de la population qu'elle trouvera son origine dans le concours et l'appui des chefs naturels, gardiens de leurs coutumes et de leurs traditions. (Circ. Gén. du 16 Juin 1919)

Dans chaque cas - nominations de chefs - toutes garanties ont été prise [sic - Jansen] pour que le candidat choisi soit bien celui désigné par la majorité et non, comme il est parfois à craindre, celui mis en avant par une minorité intrigante soucieuse exclusivement de s'assurer les bénéfices que lui procurera la nomination d'un chef imposé par elle et entièrement subordonné à son action. (Rapport politique 1941 - Rapport Politique 1942)

Il faut bien nous dire que la vie indigène ne se réduit pas aux simples manifestations qu'il nous est donné de constater. (Circ. loc. du 19 Novembre 1938)

La réunion des commissions de notables pour discuter sur les questions de chefferie doivent être précédées d'un travail politique au cours duquel le Commandant de cercle ou son représentant doit s'efforcer de découvrir le candidat le plus apte au commandement compte tenu de ses qualités physiques et morales et des droits coutumiers qu'il peut faire valoir. Si cette candidature rencontre une opposition, il appartient au Commandant de cercle, au cours des palabres, de démontrer aux intéressés l'inanité de leur desiderata. (Annotation du Chef de la Colonie sur le rapport d'inspection No4/AA du 10 Novembre 1942)

1 - Résultats de recherche dans les archives:

La coutume chez les Malinkés en matière de désignation de chefs

"Le Chef de canton est toujours choisi dans la famille qui la première a occupé le territoire du Canton, sauf dans le cas où ce commandement aurait été enlevé par droit de conquête à cette famille."

"Le chef est pris parmi les hommes les plus âgés de la branche collatérale. Nul ne peut donc être chef s'il existe encore un seul homme de la branche collatérale de son père ou de son grand père [sic - Jansen], même s'il est plus âgé lui-même."

"Nul ne peut prétendre à être chef s'il n'est pas de la famille des premiers occupants, même s'il porte le même nom de famille."

"Un enfant naturel ne peut être chef s'il a été reconnu pour tel."

"Nul ne peut être chef s'il en a perdu le droit."

"Nul ne peut renoncer au commandement d'un village ou d'un canton lorsqu'il devient chef par la coutume."

"En cas de renonciation formelle de sa part, qu'elle que soit la raison, lui et tous ses descendants perdent à jamais le commandement de ce village ou de ce canton. Ses descendants ne peuvent en aucun cas prétendre à leur droit de commandement." (Moussa Travélé - Abrégé de droit coutumier bambara et malinké p. 14 et 29)

"Les successions sont déférées a) en ligne collatérale à l'ainé [sic - Jansen] des pères survivants; b) si les frères du défunt sont tous décédés, aux enfants mâles du défunt." (Roberty: Quelques règles de droit coutumiers malinké en Haute Guinée. B. du Com. d'Et. Hist. et Sc. 1929 - p. 219)

2 - Confrontation avec les faits observés et les renseignements obtenus sur place.

Le fondement de ces règles coutumières est confirmé par les faits observés et les renseignements que je viens d'obtenir sur place, avec toutefois les correctifs suivants:

Succession collatérale

Il semble que l'on ait dès l'origine donné au mot frère un sens trop étroit. L'étude de ce qui a été et l'observation de ce qui est me fait penser qu'il s'agit plutôt de fraternité étendue, analogue à celle des anciennes coutumes celtes Clans écossais, Ambactes des Gaules: les fidèles, la bande guerrière, les frères -

D'ailleurs dans la conversation courante les malinkés avec lesquels je me suis entretenu disent grand frère pour désigner l'oncle paternel, frère pour désigner un neveu, voire un cousin. On peut donc admettre que ce n'est pas déroger expressément à la coutume que de choisir le Chef de canton parmi les neveux ou les cousins du chef défunt alors que celui-ci laisse des frères vivants.

Le fait à [sic - Jansen] son importance pour harmoniser le cas échéant, les exigences de la coutume avec celles de l'intérêt général.

Renonciation

La renonciation est devenue beaucoup exclusive dans ses conséquences. Elle frappe définitivement celui qui renonce - encore faut-il que la renonciation soit faite publiquement et avec un certain apparat - mais n'oblige pas les descendants.

Pour l'interprétation des réponses des Malinkés en matière de tradition, je pense qu'il faut tenir le plus grand compte de la difficulté qu'ils éprouvent à raisonner dans l'abstrait. Demande-t-on par exemple, comment devra s'effectuer la dévolution de la chefferie du canton, ils verront d'abord un tel succédant à un tel, et ils diront au frère le plus âgé si c'est le cas d'oncle à neveu si tel est le lien de parenté des deux personnes évoquées dans le secret de leur pensée. Là où nous croyons voir l'expression d'un raisonnement, c'est en réalité la traduction d'une image concrète.

J'ai observé cette tendance dans le particulier du canton de Naréna. Elle a été certainement la cause de complications. C'est pourquoi après avoir essayé en vain de trouver dans cette trame d'intérêts particuliers le fil qui en assure la cohésion, je suis arrivé à rejeter tout ce fatras de fantaisies et de contradictions. Une erreur de notation un Nambala II pris pour un Nambala I, un neveu pris pour un frère: et tout l'arbre généalogique est par terre. Si l'ordre passé des successions est incertain, mieux vaut le négliger résolument et rechercher seulement l'intérêt présent des collectivités qui lui ne doit pas laisser place au doute et se confond avec l'intérêt permanent de l'autorité.

Causes médiates de l'affaire

La formation de l'affaire de Naréna et ses difficultés actuelles sont dûes:

- Pour une part à la méconnaissance des principes et des règles rappelés plus haut;

- Pour le reste à des errements matériels et à des erreurs psychologiques.

Errements matériels

Classement défectueux des archives - Pour constituer un dossier à peu près cohérent sur l'affaire, il m'a fallu réunir des documents détenus par trois organismes différents: Bureau des Affaires politiques, Subdivision de Bamako, Subdivision de Kourémalé. Et encore n'ai-je pu combler toutes les lacunes; des documents demeurant introuvables. Ce désordre est dû, en partie, à l'ancienneté des origines de l'affaire - plus de vingt ans - et au fait que le territoire de la Subdivision de Kourémalé faisait autrefois partie de la Subdivision de Bamako.

Absence de véritable "coutumier" et de véritables monographies. - Ce sont là pourtant travaux intéressants et très utiles. Ils ne sont pas faits une fois pour toutes: ils se forment et se complètent sans cesse d'éléments nouveaux venant d'une meilleure observation ou d'événements révélateurs.

Ces documents sont non seulement d'effets curatifs mais aussi préventifs. S'ils avaient été bien tenus l'affaire de la chefferie de Naréna n'aurait pas existé.

Erreurs psychologiques

Rattachement vers 1915 des villages de Caran et de Ki- niéba au Naréna, plaçant un clan Kéita important sous la tutelle d'un autre clan Kéita sans préparation sérieuse.

- Hésitations en présence des conséquences, laissant place à la brigue et dénotant une ignorance totale du réel.

- Mauvaise désignation des chefs du canton.

- Insuffissament motivées, les propositions se contredi- sent d'une année à l'autre. La commode et expéditive affirmation: "Nomination conforme à la coutume" a été donné souvent à la légère et à propos de manifestes violations de la tradition.

- Enfin le choix déplorable de Nambala Kéita en 1936. Rien ne justifie ce choix: ni la coutume, ni la valeur de l'homme, ni l'intérêt général. La coutume désignait Yamoudou Kéita, l'intérêt général exigeait une action politique pour apaiser les revendications des Kéita de Kiniéba-Caran. Quant à la valeur de l'homme, il suffit de dire que, moins de deux ans après sa nomination, il est noté ainsi: "Chef trop jeune qui n'apporte pas dans son commandement toute la pondération désirable; du moindre incident fait une affaire personnelle". Et en 1940: "Chef absoluement nul et sans autorité, ni craint ni respecté".

Sa révocation, en Mars 1943, a été un acte de salubrité.

Ce chef de coterie entre les mains de son griot Mamadou Diabaté, qu'il traitait en personnage important, est demeuré sept ans à la tête du Canton de Naréna. Et il avait été "pendant plusieurs années" coadjuteur de son prédécesseur. On peut s'imaginer la somme d'intrigues et de mécontentements qui peut se former pendant un temps si long parmi des indigènes remuants et placés sous le mauvais commandement de l'un des leurs.

L'affaire en elle-même

La date de la création de Naréna n'a pu être exactement déterminée, aucun document précis n'ayant été trouvé à cet égard. Elle est probablement antérieure à 1915. Quelles ont été les raisons de sa création et, à l'origine, ses limites territoriales? Là encore incertitude totale. Suivant des documents comportant des affirmations, mais non des preuves, les villages de Kiniéba et de Caran étaient autrefois indépendants - ou plus exactement dépendaient directement du Chef de la Subdivision - Ils auraient été rattachés vers 1915 au canton de Naréna. Pour quelles raisons? Aucune trace: il faut deviner. Il est seulement certain qu'en 1924 ces villages sont considérés comme faisant partie du canton de Naréna.

Les gens de Caran et de Kiniéba manifestèrent, en toutes occasions, leur mécontement: recouvrement d'impôts, recensements, prestations, réunions de notables. Tant et si bien qu'en 1937 le Commandant du Cercle de Bamako prescrivit au Chef de Subdivision d'envisager le rattachement de ces villages au grand canton de Maramandougou. Le Chef de Subdivision donne un avis défavorable, et le motiva en disant que ce rattachement serait considéré comme une faiblesse de notre part et qu'il compliquerait encore la succession de la chefferie du Maramandougou qui, elle aussi, s'annonçait difficile.

Les projets de réorganisations en restèrent là. Mais les ennuis ne cessèrent pas. Au contraire tout cela alla de mal en pire pour aboutir aux incidents de Novembre dernier: Fabou Kéita, Chef du Canton, est désarçonné et frappé par des fidèles de Nambala Kéita de Naréna, chef de canton révoqué.

L'affaire est pendante devant le tribunal Indigène.

Je ne la mentionne ici que pour mémoire parce qu'il me paraît que dans cette affaire il y a des intrigues étrangères à l'objet du présent rapport. Et je suis persuadé que l'Administrateur en Chef qui commande le Cercle de Bamako a déjà décelé l'action d'un agent d'affaire et d'un griot faisant équipage. La chefferie de Naréna est une occasion comme une autre pour troubler l'eau dans un bon coin de pêche.

La cause majeure qui, dès longtemps, a provoqué des discussionss et des ennuis dans le Naréna est une rivalité de clans chez les Kéita, race de chefs.

Nous avons déjà dit qu'il y a dans le canton trois clans Kéita:

Le premier prétend avoir seul droit à la chefferie. Les deux autres font cause commune contre lui. Mais ils sont plus accommodants: ils reconnaissent les droits du clan Naréna, mais affirment également les leurs, et réclament un tour de roulement ou, tout au moins que le chef soit choisi parmi les plus anciens des trois clans.

Pour ne pas alourdir davantage le présent rapport, j'es- saierai d'exposer, dans une note distincte, les droits et l'origine des titres des trois clans. Mais il n'y a dans tout cela de certain que l'incertitude.

J'ai déjà donné les raisons qui m'ont conduit à négliger résolument ces revendications locales et confuses pour tenter d'organiser les réalités présentes en vue d'un avenir tranquille.

Considérons donc ce qui est:

1 - Une "convention" a été passée le 17 Mars 1943.
2 - Le Chef actuel du canton est Fabou Kéita du clan Caran-Kiniéba.

1 - La convention passée le 17 Mars 1943 remplacerait une convention du même genre, mais dont on n'a retrouvé aucune trace. Tous les notables que j'ai interrogés m'ont dit qu'un accord ou une tentative d'accord a bien eu lieu vers cette époque. Il est possible que cette convention ou cette tentative de convention ne fut jamais exprimée par écrit. Mais ce n'est pas la raison valable pour la nier ou plus exactement la renier. Le papier n'est pas nécessairement fait pour rappeler aux gens qu'ils doivent tenir leurs promesses.

Et on doit tenir pour vraisemblable que certain apaisements ont été donnés aux gens de Nougani, Kiniéba et Caran lors de l'incorporation de leurs villages dans le Naréna.

Sans que l'on puisse dire que les droits traditionnels de ces gens sont supérieurs ou égaux à ceux des gens de Naréna, ils sont cependant à retenir. Et leurs revendications doivent être assez bien fondées puisque le clan Kéita de Naréna et le clan Kéita de Maramandougou les repoussent avec une égale prudence.

Tenant donc pour de bonne politique d'admettre l'accord de 1915, je suis amené à estimer que la convention de régularisation qui vient d'être passée doit être maintenue et respectée.

Elle dit que le chef à proposer au Gouverneur pour le Canton de Naréna est à choisir parmi les Kéita des groupes Nougani, Kiniéba et Naréna, et de préférence le plus âgé.

La convention est passée, enregistrée, connue, mais j'ai eu à noter qu'elle n'était pas comprise de la même manière par tous.

Plusieurs notables croient que la Convention établit un tour de roulement entre les chefs de trois clans: en d'autres termes à un chef de canton clan Kiniéba-Caran succèdera un chef de canton clan Naréna, à un chef de canton clan Naréna succèdera un chef de canton clan Nougani. Or ce n'est la lettre ni l'esprit de la convention.

D'autres estiment que le chef de canton sera le plus âgé des chefs de groupe. Là encore il y a mauvaise interprétation: la convention réserve le choix.

Cette différence d'interprétation vient à l'appui de la remarque exprimée plus haut au sujet de la difficulté qu'éprouvent les indigènes et notamment les Malinkés, à construire dans l'abstraction. Ils ont imaginé un tel succedant à un tel et subjectivement ils ont interprété la convention dans ce sens.

Il faudra leur expliquer de nouveau la signification véritable de la convention avec des exemples corrects, et surtout varier les exemples, (...) à la prochaine succesion certains crieront à la trahison, et ils seront de bonne foi. Alors on n'en finira pas.

Or la convention est bonne. Elle est bonne d'abord parce qu'elle est. Elle est bonne aussi parce qu'elle est équitable. Elle est bonne enfin parce que c'était le seul moyen d'en sortir sans porter atteinte à l'autorité.

Le vieux Yamoudou Kéita de Naréna l'a signée, mais il ne l'a pas admise. Il continue à affirmer la prépondérance des titres des Kéita de Naréna, et à penser que méconnaître cette prépondérance c'est violenter la tradition.

 

Quelques mots sur Yamoudou Kéita:

Il est le chef du clan Naréna. A la mort de Bala Kéita, c'est à lui que revenait le canton et non à Nambala Kéita. Sa présence à Naréna, son incontestable notoriété dans le pays devaient être pour "l'usurpateur" embarras permanents. On comprend dès lors tous les "malheurs" qui tombèrent sur lui. Sa case fut brûlée. Il dû se retirer à Kiniéma, village voisin. Le 13 Décembre 1938 il fut condamné à un an de prison par le Tribunal Indigène pour "entrave et soustraction d'un homme au recrutement" - cet homme était son fils - Le Tribunal Colonial d'Appel infirma ce jugement et Yamoudou fut relaxé des .... [illisible - Jansen] de poursuite sans peine ni depens. Le 3 Janvier suivant le même Tribunal Indigène le condamne à nouveau à un an de prison, cette fois pour "complicité de coups et blessures". La peine fut réduite à trois mois de prison par le Tribunal d'Appel.

Après les événements récents (1)(51) qui ont provoqué l'arrestation de Nambala et de Faly Coné, chef du village Naréna, le Commandant de Cercle de Bamako a chargé Yamoudou de représenter le village de Naréna. Décision rapide et opportune qui, j'ai pu le constater, a produit une impression heureuse et nécessaire.

Je pense donc que les condamnations infligées à Yamoudou Keita (2) (52) ne doivent pas faire obstacle à ses droits à la chefferie du Canton, et qu'il y aurait intérêt à lui rendre, dans les conseils des notables, la place qui lui revient.

2 - Nous en venons à la deuxième réalité de la question à résoudre: le titulaire du poste de chef du Canton de Naréna est Fabou Kéita. Il appartient au clan Kiniéba-Caran. Sa désignation, à la suite de la révocation de Nambala Kéita, est la première application de la convention de Mars 1943.

Fabou Kéita est devenu aveugle. Il ne paraît pas très malin. Mais il est toujours accompagné de l'un de ses fils qui montre un esprit avisé et vif.

Sa nomination, suivant immédiatement la conclusion de la convention, a été, sans aucun doute, une mesure opportune et sage. Elle a montré notre volonté de respecter la chose convenue verbalement ou par écrit, et de favoriser la tranquillité générale sans redouter les intrigues.

Son allure d'ancêtre, son esprit modéré et quelque peu fatigué, les bonnes relations qu'il entretient avec Yamoudou Kéita, le prétendant du clan Naréna, aideront l'action politique dont nous allons parler et qui nous paraît nécessaire de commencer immédiatement pour assurer l'avenir. Conclusion. Action politique nécessaire

Pour obtenir un état de choses paisible et durable et non une tranquilité à la petite semaine, deux moyens se présentent à l'esprit:

A mon avis, le premier moyen doit être écarté parce qu'il serait:

Reste le deuxième moyen: maintenir ce qui est, en lui donnant, par une action politique, une forme traditionnelle.

Pour cela faire valoir à chaque occasion aux clans des Kéita:

Enfin, et pour mieux affermir cette action, on pourrait faire planer au-dessus d'elle la menace de la suppression du canton de Naréna, si ce canton continuait à être un nid de guêpes. Le canton de Bacama et celui du Maramandougou s'agrandiraient aux dépens de son territoire définitivement partagé.

Si cette préparation à un état de choses favorable à la quiétude des villages du Naréna avait votre approbation, Monsieur le Gouverneur, je pense que le Chef de Subdivision de Kourémalé aurait intérêt à continuer, pendant un certain temps, à administrer sa Subdivision le plus directement possible. Il faut, pour préparer le terrain, donner aux déceptions le temps de se dissiper, aux rivalités le temps de s'endormir. L'action progressive commencerait ensuite directement et aussi par l'entremise de quelques notables bien choisis et de tendances diverses.

Je crois aussi qu'il faudrait étoffer un peu le village de Kourémalé, centre de la Subdivision, autrefois simple campement minier, en y favorisant la venue d'indigènes de villages voisins: Toumondo et Nougani.

Enfin la réouverture des placers, la grande attirance de la région, ne pouvant être envisagée pour le moment il conviendrait d'occuper, le plus possible la pensée des indigènes en l'orientant vers d'autres richesses: la culture, l'élevage, la salubrité. J'ai tenu à parcourir le pays, à voir le plus de choses et à entendre le plus de gens, et j'ai pu constater les efforts efficaces dépensés, à cet égard, par le chef de la Subdivision M. Buttin, qui connaît bien son territoire.

L'Inspecteur des Affaires Administratives