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Propositions visant à régler la question de la chefferie du canton de Naréna du 9 juin 1943
in ANM 2 E 5 fonds recents.

© 2002 by Jan Jansen, University of Leiden

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SOUDAN FRANCAIS
CERCLE DE BAMAKO

A/S Chefferie canton de NARéNA

Bamako, le 9 juin 1943.

L'Administrateur des Colonies, Commandant de Cercle de Bamako
à Monsieur le Gouverneur du Soudan Français à K O U L O U B A

REFERENCE:
mon 977/S-I du 7/4/43
votre décision No 935 du 19/4/43

J'ai l'honneur de soumettre à votre agrément les propositions suivantes visant à régler la question de la chefferie du canton de Naréna (Subdivision de Kourémalé), en suspens depuis plusieurs années.

Depuis de longues années les villages de Kiniéba et de Caran (1.054 et 890 habitants) manifestent une certaine répugnance à exécuter les ordres des chefs de canton de Naréna. Depuis la mort de Diby KEITA, c'est- à-dire depuis 1936, cette répugnance se transforme en hostilité et l'opposition de ces villages conduit à des sanctions et mesures (1937-38-39) pas toujours heureuses, qui n'amènent aucune détente dans les esprits. Le dernier chef Nambala KEITA, par son incapacité et sa duplicité, ne fait qu'accentuer le malaise, si bien à la fin du 1er sémestre 1942, la question de sa révocation et son remplacement précédé d'une étude sérieuse de la question est envisagée (ref. mon 275/C du 13/8/42).

Dans son rapport d'Inspection de la Subdivision de Kourémalé (rapport 4-AA/2 du 10 Novembre 1942) Mr. L'Administrateur en Chef MARCHAND écrivait:

"Dans le canton de Naréna, l'opposition des chefs des villages de Caran et de Kiniéba au chef de canton devient de jour en jour plus vive. Cette opposition remonte à l'époque du rattachement de ces deux villages au canton de Naréna. Il aurait été convenu au moment de cette réorganisation administrative entre les familles du chef du canton de Naréna et celles des chefs des dits villages que le commandement du canton, lors de la vacance de la chefferie serait confié au chef le plus âgé de ces trois familles. Cette convention qui aurait reçu alors l'accord du Commandant de Cercle, n'a jamais été mise en vigueur. A l'heure actuelle, elle est contestée par la famille du Chef de canton de Naréna, d'où le mécontement des gens des villages de Caran et de Kiniéba représentant 35% de la population totale du canton qui s'estiment lésés dans leurs droits. Une enquête sérieuse doit être menée pour établir la véracité des déclarations des parties et permettre de régler définitivement cette affaire qui chauffe les esprits. Les solutions provisoires intervenues à différentes époques pour ramener le calme n'ont donné aucune satisfaction à l'une ou l'autre des parties et n'ont fait au contraire qu'accentuer l'opposition de ces deux villages aux chefs de canton de Naréna."

L'actuel chef de Subdivision de Kourémalé, Mr. BUTTIN, répondait:

"(...) en ce qui concerne l'opposition des chefs de village de Caran, Kiniéba et même de Socourani, il ne nous est pas possible de trouver des témoignages certains concernant la dite convention.

Le chef de canton actuel de Naréna, désigné contrairement à la coutume, n'a jamais pu s'imposer à son canton. Il sait lui-même qu'il n'aurait pas dû être nommé et croit que pour demeurer chef, il suffit comme il l'a avoué à Monsieur l'Adjoint au Mairie de ne pas se rendre dans les villages de son canton pour éviter tout incident susceptible de causer du mécontement.

Son griot audacieux Mamadou DIABATE essayait de suppléer à la déficience de ce chef sans autorité et peu considéré, il ne faisait qu'enveminer la situation."

Et Mr. l'Inspecteur MARCHAND de conclure:

Des recherches pourraient être faites soit dans les Archives du Cercle de Bamako ou de la Subdivision, soit dans le journal de poste tenu à cette époque pour retrouver traces de la convention intervenue dont seule la teneur est contestée par les deux parties."
0-0-0

Les résultats de ces recherches et de l'enquête menée dans le pays sont les suivants:

Il y a une trentaine d'années, les chefs de Kéniéba et de Caran étaient chefs de villages indépendants, ne relevant que de l'autorité du Commandant de Cercle de Bamako, au même titre que le chef du groupe ou canton de Naréna. D'ailleurs, sous le rapport de la naissance, noblesse de race, ce qui compte en pays malinké, les familles de ces chefs de Kiniéba et de Caran étaient sur pied d'égalité avec les familles des chefs de Naréna et de Kaba-Figuira (Maramandougou). Le petit tableau généalogique ci-dessous le montre:

KOMAN KANSIAMA
MANSA KOUROU FAGANDA
NANKOMAN NAMBILA NIAGALÉMORY NIAGALÉBALA TANHOULÉ
I I I I I
= = = = =
= = = = =
NAMBALA
(NARÉNA)
BANDIOUGOU
(NOUGANI)
KARAMAKO
(CARAN)
KÉNIÉBA FAGUIMBA
(FIGUIRA-
KABA)

(fait le 18 Mars 1943)

En 1915, alors que Mr. PORTES RAOUL Administrateur en Chef était Commandant de Cercle de Bamako - son Adjoint, Mr. CASSE ou Cassé fut envoyé sur les lieux pour régler la question de la chefferie du canton de Naréna auquel on venait de rattacher en particulier les deux villages de Kiniéba et de Caran. Le Chef choisi le fut dans la famille des chefs actuels de Naréna descendant de Nankoman, mais il y aurait eu vague promesse de prendre en considération à la mort de ce chef les droits des chefs de Kéniéba et de Caran. Cette vague promesse fut considérée par Kéniéba et Caran comme une convention. (Le vieux Faguimba KEITA et sa famille sont de cet avis) Alors que rien ne fut consigné par écrit. En tout cas, rien de semblable n'a été retrouvé dans les Archives du Cercle ou de la Subdivision.

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Il nous a paru opportun de consulter tous les chefs et notables des villages de ce canton aux fins de savoir si, en 1943, la "convention" dont il avait été question en 1915, réunissait la majorité des suffrages. Les pourparlers lors de la consultation de la Commission Cantonale ont été conduits dans ce sens. Ils sont consignés dans le P.V. joint auquel je n'ai rien à ajouter et abouti à la signature d'une convention nouvelle, enregistrée.

Pour conclure, j'ai l'honneur de vous proposer de nommer le chef de village de Kéniéba FABOU KEITA, chef de ce canton qui pourrait s'appeler dorénavant canton de Naréna- Kéniéba.

Ci-joint également convention signée par les représentants qualifiés des trois familles ayant des droits à la chefferie et fiches sur chef et successeurs éventuels.

Je crois que la mesure proposée est susceptible de ramener le calme dans le canton.

signé Rocher